Je m'en rends compte, on s'entend trop bien. Je ne devrais pas penser à lui autant. Je sais, ce n'est pas normal, je m'en veux mais je ne peux pas m'en empêcher. Je me sens tellement en confiance
avec lui que j'ai été jusqu'à songer lui demander sa vigilance à lui si jamais la mienne venait à tomber. Je ne veux rien d'autre qu'une amitié.
La loyauté ne s'arrête pas aux actes. Elle est une exigence de tous les jours. Même si je n'ai fondamentalement rien à me reprocher j'ai l'impression de te trahir avec ces pensées qui m'obsèdent.
Je te jure que je ferai tout ce que je peux pour conserver ce qu'on a, parce que je sens bien que malgré tout c'est avec toi que je veux construire.
J'ai tenu de longs mois déjà. Je devrais tenir plus. C'est la première fois que je me dit "pourvu que ça vienne vite, je vais finir par craquer". Et je m'en veux, je te le redis je m'en veux, de
cette fragilité. Je m'en veux parce que je suis presque sûre que tu reste droit de ton côté. Je te fais confiance, vraiment. J'aimerais tellement que tu puisses me faire confiance aussi mais
je ne m'en sens pas digne. Je voudrais t'en parler, mais je me ravise parce que je vais te blesser.
Tu es si loin, je le ressens de plus en plus. Et quelque part, s'il m'attire c'est que tu me manques.
Ne pas tomber amoureuse.
Je ne te tromperai pas, tu le sais comme je le sais. J'ai trop de respect pour toi et notre relation pour y songer, pour briser la confiance qui nous unit et casser ce lien de loyauté. Je ne te
tromperai pas car je ne veux pas m'imaginer avec un autre comme avec toi dans cette douce intimité partagée. Je sais que je ne te tromperai pas quand je pense à tes yeux que je ne pourrais
soutenir, étranglée de la culpabilité qui ne m'amènerait à rien d'autre qu'à te perdre. N'ai crainte, je te serais fidèle. Cela je peux le contrôler.
Surtout, ne pas tomber amoureuse.
... je pourrais foncer vers le ciel à l'aide d'une poussée légère de la pointe des pieds, les bras tendus vers le soleil. Je regarderais d'en haut ce que je vis, ceux qui me vivent et
ce qu'ils vivent, juste en passant sans voyeurisme. Je ferais la planche sur les nuages et des piqués au raz de l'eau. Je fermerais les yeux pour mieux sentir le vent qui fouette les
joues. Je parcourerais des milliers de lieux sur des miles et des lieues.
Emerveillée du monde mais dégoutée des hommes, je traverserais les conflits et des terres déchirées. Cultivant l'espérance, je chercherais alors des témoins de paix et des familles
d'amour.
Et si je m'envolais... je me jouerais des saisons afin de voir plein de printemps.
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C'est la première année que j'éprouve aussi rapidement et profondément ce genre de chose. Peut être est-ce dû à la manière qu'on les gens de lier si facilement ici, ou à leur côté "tactile" mille
fois plus développé que le mien... Toujours en est-il que moi, si rigide et froide au départ, qui me crispait dès qu'on s'approchait un peu trop, et bien qu'on me prenne dans les bras finalement ça
me touche. Que des amis m'accrochent par l'épaule ou m'attirent par le bras en riant pour m'intégrer à une conversation, finalement j'apprécie. Et que lui me guide par la main sans ambigüité
aucune en sortant d'une fête, finalement ça ne me gêne même pas. On est bien coincé chez nous. C'est ce que je me dis de plus en plus. Par pudeur on se prive de gestes simples qui montrent
tout ce que peut représenter une personne. On reste dans nos cadres et on a peur de ce que l'on nomme "intrusion". On n'ose pas dire en silence à l'autre que l'on se sent bien en sa présence et que
sa seule compagnie nous réconforte.
Je ne sais pas si c'est dû à tout cela, donc, mais j'ai l'impression aujourd'hui que certaines amitiés que je développe sont empreintes d'un sentiment de tendresse que je ne connaissais pas
avant. Il existait, j'en suis sûre, je l'analyse rétrospectivement, mais il était en quelque sorte bridé par les conventions que chacun s'impose d'une manière plus ou moins forte. Et cela fait du
bien, vraiment, de retrouver un certain naturel dans les relations. Comme cette formule d'au revoir qui est plus qu'une formule et que j'utilise maintenant avec la pleine conscience de sa
signification, dont la traduction serait "prends soin de toi". Oui, prends soin de toi, car je tiens à toi.
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Je m'ennuie. Je tourne en rond je ne fais rien en attendant ce soir. Ma seule activité sera d'aller prendre un café. Quelle excitation mon Dieu ! Non, j'ironise, mais il me fait plaisir ce café,
c'est une des premières sorties depuis un certain temps. Avec tous ces voyages et la visite de ma famille j'en ai un peu oublié d'avoir une vie sociale correcte. Et puis qui sait, la soirée se
prolongera peut être...
Ce n'est pas que je n'ai rien à faire, en plus, non. Je pourrais, en tant que bonne élève studieuse, commencer à rédiger ce rapport de lecture, mais j'ai perdu l'habitude de travailler. Je
repousse tout ce qui me demande un effort intellectuel important. Le paquet de feuilles m'épuise déjà. Je soupèse les pages photocopiées qui laissent un peu de gris sur les doigts, puis je les
repose. J'exècre cette lassitude qui me prends quelquefois devant toute évocation d'une action possible. Et cette paresse larvée qui est en train d'éclore...
Je me réfugie dans ce monde facile qu'est le net. C'est bien, le net, ça vous donne l'impression de faire quelque chose alors que vos yeux ne cherchent rien d'autre qu'à vous abrutir devant les
milliers de caractères ou d'images que vous jette l'écran. Le clic devient tic.
Il me reste deux heures avant le rendez vous. Je vais faire une sieste.
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Etats d'âmes
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C'est bon de rêver de toi.
C'est revenir à ce qu'on a vécu, à des gestes connus, à une voix si proche
C'est me laisser bercer par une réminiscence qui s'étoffe en douceur vers un présent possible
C'est percevoir encore un frôlement, une caresse, un souffle sur ma peau
C'est ressentir encore l'éveil de tout mon corps accueillant ton regard
C'est imaginer ce que je veux maintenant
C'est rapprocher maintenant un futur trop lointain
C'est me dire qu'ainsi je garde un peu de toi
C'est me raccrocher désespérément à ces bribes qui me restent et que je cultive pour ne pas te perdre
C'est croire que je continue d'être à tes côtés malgré tout
C'est croire que tu continues de m'accompagner malgré tout
C'est sourire en voyant ton visage s'approcher de moi
C'est étendre la main pour t'atteindre dans le vide
C'est sentir ce vide en ouvrant les yeux
Ils sont partis. Ils me manquent déjà. Ils me font percevoir cette distance et ce temps qui me séparent des miens même si je crée d'autres liens cette année.
Pourquoi est-ce surtout dans l'absence que l'on perçoit l'importance de ceux qui nous entourent ?
La séparation a été rapide. Un signe, peut être, le taxi est arrivé immédiatement, sans nous laisser le temps d'attendre en silence.
Du mouvement, du mouvement. Je m'agite pour ne pas penser, ne pas pleurer.
Merci, petites soeurs, qui réussissez à me faire rire au moment de vous dire au revoir. Merci, Papa, Maman pour vos étreintes sobres.
Je reviens bientôt.
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Une barque, c'est cela je suis dans une barque. Je vogue au gré des flots, je me laisse porter quelquefois, je prends les rames quelquefois, je vais je viens, je coule je flotte je dors je pleure
je ris je pense j'aspire je rêve... Oh oui je rêve. Je rêve et une vague me porte un peu loin, le vent me pousse un peu loin, et je lutte pour revenir. Est-ce que je lutte ? Pourquoi ai-je
écris que je luttais? Je n'ai pas l'impression de lutter.
Je t'aime. J'ai envie d'écrire que je t'aime comme ça sans transition. Parce que l'amour n'a pas besoin de transition. J'espère. Je veux un amour de l'instant présent et de l'immédiat, donde
quiera. Je suis dans une barque amoureuse. C'est toi qui me portes. Non c'est de t'aimer qui me porte. Non, ça voudrait dire que tout vient de moi, ce n'est pas le cas. Il y a quelque chose de toi
dans ce qui me porte.
La mer est plate, l'inspiration s'en va. Il reste la tranquilité ambiante et ce parfum de toi dans l'air. Je peux dormir.
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Et voilà on se sent rempli de certitudes, d'une force à toute épreuve et d'une résistance sans faille... Puis une petite réflexion tant anodine qu'inattendue vient remettre en cause tout ce qu'on a
tenté d'établir depuis le début.
Non, pas lui, je vous en prie ! Si je me sentais bien en sa présence c'est parce j'étais sûre qu'il ne tenterait rien. C'est parce que j'avais réussi aussi en croyant cela à
éliminer rapidement la vague attirance que j'avais ressentie en dansant avec lui au cours des premières semaines. Qu'il ne me fasse pas douter, por favor...
C'était trop simple de refuser les avances plus ou moins grossière des inconnus. Trop simple de tourner la tête dans la rue après une apostrophe. Trop simple de ne pas donner de nouvelles après une
fête un peu arrosée. Mais quand la question timide vient d'un ami estimé...
Cela n'a duré qu'un instant. Un peu fragile, c'est toi que j'aime.
"Ce qu'il y a de bien, avec les relations à distance, c'est qu'on ne se voit pas assez pour pouvoir s'engueuler"... Mais qui a dit un truc pareil ?
Ca fait partie du jeu, les engueulades, les petites engueulades, pas les grosses qui détruisent à chaque fois un peu plus de confiance et de respect mutuel, mais les celles qui mettent les
choses au clair et qui permettent que les raisons d'un désaccord apparaissent au grand jour, pour mieux repartir.
Moi j'aimerais bien m'engueuler avec toi, un peu. Qu'on parle de politique, comme on le faisait souvent, à partir d'un flash info à la télé ou d'une affiche dans la rue... et qu'on se provoque,
un peu, en sortant des arguments plus ou moins valables. Ca c'est encore possible au téléphone, et j'en ris après coup, comme hier. Ca me plait de pouvoir conserver ce genre d'instants. Mais
quelquefois je voudrais aussi d'autres petites prises de tête, pour rien, et qui s'oublient dans la minute. Ils seraient les signes des agacements normaux d'une proximité qui me
manque.
"Ce qu'il y a de bien, avec votre relation à distance, c'est que vous serez super contents de vous retrouver..."
De ne plus être à distance, donc. sic
Mais j'ai peuur, les gens ! J'ai peur de ces retrouvailles en même temps que je les désire de tout mon coeur ! Peur de t'avoir idéalisé, transformé, voire peut-être trahi à mon insu... Qui sait
si, après avoir passé l'obstacle d'un éloignement de plus d'un an, la confrontation brutale l'un à l'autre n'en sera pas un autre à franchir ? D'une vie indépendante mais complétement
tournée vers toi à un chemin à parcourir ensemble au quotien... C'est ce quoi j'ai l'impression que tout mon être tend, pourtant. Les films de ma tête ne me montrent rien d'autre. Des films,
justement, des films...
Ojalà, comme on dirait en espagnol, pourvu que tout se passe bien.
De toute façon, j'ai encore 6 mois pour me préparer.